La profession de foi d’une historienne

« This is why I want to be a historian; I want to know more about the past by reading myself into past discourses. It is not enough to read about the past, I want to have a feeling of it myself ». Voilà la profession de foi de la jeune historienne norvégienne Kristine Brorson, qui vient de vivre une des plus belles expériences qui soit, une expérience que seuls les ‘vrais’ historiens, ceux qui « mouillent leur chemise » en brassant les vieux papiers, peuvent faire.

Au fil de lectures de journaux de la fin du XIXe s., à la bibliothèque universitaire d’Oslo, le passé que Kristine cherche à connaître vient de jaillir d’entre les lignes. Elle a senti, entendu se lever et parler les anciens dont les noms ont surgi du fond des âges, du fond des pages. C’est le contact de la source ancienne, du document du passé, sorti de la poussiéreuse pénombre. Expérience ultime, fondatrice. Ne peut se proclamer historien que celui qui ose descendre en apnée dans la mer lourde et sombre des reliques du temps jadis.

Maintenant, Kristine sait pourquoi elle est historienne. Sa note est un cri de joie et elle me réjouit encore davantage. C’est qu’elle dépasse ici -et elle le sait, elle le reconnaît- cette théorie terrible qu’est le postmodernisme historien… Celui-là même qui affirme qu’on ne peut jamais connaître (au sens biblique du terme) le passé mais qu’on ne lit à travers les sources que l’expression de nos propres expériences, de nos propres vies contemporaines. Comme toute théorie, elle porte des germes de vérité, mais elle pousse la démythification et la démystification beaucoup trop loin, dans un geste d’orgueil déplacé, refusant au passé le droit d’exister en dehors de notre propre temps. La meilleure preuve du caractère excessif de ces propositions postmodernes, là voilà, cette jeune historienne norvégienne l’a découverte, comme chacun de mes amis historiens avant elle, comme bien des générations d’historiens après nous. Une communion intellectuelle et sensuelle avec les traces du passé. Rien que pour ces moments-là, je suis heureux d’être ce que je suis.

You’re welcome,
Kristine Brorson.

La bicyclette et le bourgmestre

Des nouvelles du landerneau: Guy Mathot est mort. Ca ne vous dit probablement pas grand chose. Un des « barons rouges » de la région de Liège, en Belgique, maire de la petite ville de Seraing, ancienne place forte de l’industrie sidérurgique wallonne, avant qu’elle s’écroule il y a plus de quarante ans. Un personnage tragi-comique, adulé par une grande partie de la population liégeoise. Equilibriste de la politique belgo-belge, oscillant entre les heurts du tribunal et les ors du parlement, il a été un des premiers à concevoir le clientélisme comme un art, un instrument de pouvoir. Après lui et avec lui, cent, mille autres politicards ont suivi, qui ont construit leur carrière sur un clientélisme poussé à l’extrême: en cela, Guy Mathot est un personnage remarquable. Traîné dans la boue, voué aux gémonies, il a malgré cela toujours été élu au fauteuil mayoral avec des scores quasi-staliniens, ses chers administrés ayant l’élégance d’une reconnaissance du ventre fidèle voire dévote.
Ce clientélisme wallon, né dans les bassins sidérurgiques ruinés de Liège et de Charleroi, s’appuye sur des dynasties familiales (le fils de Guy Mathot sera probablement le prochain maire (bourgmestre) de la ville que tenait son père) et repose sur des hiérarchies politiques: chaque politicien au niveau national « tient » grâce à l’appui de quelques politiciens régionaux qui eux-mêmes se reposent sur des politiciens locaux. La communication entre les étages de la pyramide est fluide et s’effectue dans les deux sens, selon les besoins des uns (en bas) ou des autres (en haut), selon les demandes des clients-membres (ou non) du parti (quel qu’il soit) qui attendent tel ou tel type de service (appui, « piston », logement, avantages fiscaux, dispenses diverses…). Ce système, d’une efficacité peu commune dans un espace politique et géographique étroit, est pratiquement indestructible. Il me semble assez similaire au clientélisme corse, lui aussi assis sur une base familiale et de manière pyramidale.
C’est un peu ce qui me fait désespérer de la politique belge…
Mais, pour clore ce chapitre d’analyse « café du commerce » sur une note positive, je ne résiste pas au plaisir d’une blague belge en l’honneur du défunt bourgmestre, une de celles que l’on racontait alors qu’il était pris dans des feux croisés judiciaires à propos d’affaires de corruptions, pots de vin, malversations et méfaits divers. C’est l’histoire d’un bon liégeois qui arrive en bicyclette devant l’hôtel de ville de Seraing. Il s’apprête à déposer son engin contre les grilles d’entrée dudit hôtel pour aller boire une bonne bière au café de la place quand un pandore l’interpelle dans l’accent du cru (inimitable mais les belges s’y retrouveront): « hé là m’fi, tu n’peux pas laisser ton vélo là, sais-tu, Guy Mathot va v’nir ». La réponse du fier liégeois, homme de répartie, fuse: « c’n’est pas grâve, hein, je n’en ai pas peur, j’ai mis mon antivol ».

il l’a dit!

Ce qui est fascinant dans les blogs, c’est qu’on peut présenter les choses de façon un peu provocante, on peut lancer des pistes pour réfléchir, on peut lancer des débats, faire rencontrer des mondes inattendus… Toutes choses qui sont difficiles dans la publication scientifique traditionnelle. Je ne dis pas que l’un doit remplacer l’autre, mais les blogs fournissent un espace de liberté très propice à la pensée, à la créativité…
dixit
Jean Véronis : voilà ce que je voulais dire, ce que j’ai trouvé dans la pratique des blogs. Jean Véronis, professeur de linguistique, informaticien, tient un remarquable blog que je vous invite à découvrir. Technique parfois, certes, mais brillant et fascinant.

« Je rêvais d’un autre monde »

Depuis quelques jours, fidèles lecteurs, des larmes roulent sur vos joues et ravinent vos visages amitieux. « Mais quand reviendra-t-Il ? Pourquoi ce silence ? » C’est le moment de vous parler, je le sens. Je ne veux pas vous faire souffrir davantage.

Ces derniers jours sont placés sous le signe de la remise en question. 8 mois de blog, c’est quelque chose, ça compte. J’ai donc tenté le bilan et l’introspection.

Quelques heureuses constatations, d’abord.

D’une part, beaucoup de plaisir à me lâcher, à oser écrire. C’est quelque chose: combien d’amis n’ont pas relu certains de mes travaux proposés à de grandes revues scientifiques en me suggérant d’atténuer certaines formules, de tempérer mon lyrisme baroque, de sabrer dans mes tirades shakespeariennes, bref, de museler ma muse parfois indisciplinée. Et ici, c’est mon espace de liberté. Ce blog est devenu une sorte de laboratoire d’écriture: quand j’ai bien ciselé l’une ou l’autre phrase, je la retiens et je me dis qu’elle viendra bien à point dans un article tiré à quatre épingles.

D’autre part, j’y prolonge des réflexions importantes sur des manières de travailler: je comprends mieux le monde pour lequel j’écris. Des liens entre le quotidien et l’ancien monde que je n’aurais jamais pu établir avant. Des passerelles inhabituelles, un peu branlantes mais réelles.

Mais aussi des prises de conscience importantes:

Ce blog est parti dans tous les sens, certains très agréables voire jouissifs… d’autres beaucoup moins. Etonnamment, ce ne sont pas toujours mes notes préférées qui ont eu de l’impact: ces notes-là, au thème choisi (souvent des semaines à l’avance), aux enjeux essentiels, au texte doré à l’or fin, longuement muries, ces notes n’ont bien souvent eu aucun impact: ni commentaire, ni réaction. Paradoxalement, bien souvent, celles qui ont marché, qui ont suscité l’admiration ou (surtout) l’indignation, ce sont des notes rédigées en hâte sous le coup d’une montée d’adrénaline -de colère ou d’excitation-, des lignes tracées à main levée, avec cette ardeur juvénile qui fait tout mon charme et mes plus belles gaffes. C’est que, je m’en suis rendu compte, pour faire du chiffre dans les blogosphères, il faut juste bloguer utile: le métabloguage paie bien ; tout récemment j’ai découvert que casser du Wikipedia était assez efficace aussi. Etonnamment, ce ne sont pas mes notes préférées. Les conséquences n’étaient pas non plus à la hauteur de mes attentes. J’espérais fédérer une petite communauté d’intéressés et entamer des discussions saines et salutaires… or, combien de commentaires déplaisants, agressifs, stériles, dogmatiques n’ai-je pas du découvrir ? Fallait-il pour autant se limiter ? Non, je suppose…

La communauté que j’ai tenté de fédérer… Ca, c’est la plus grosse arnaque des blogs. Chaque nouveau blogueur pense qu’il va créer un monde dont il sera le centre, vénéré par les autres blogueurs. Il y a des modèles, certains y arrivent, parfois en quelques semaines, grâce à une thématique à la mode, mais surtout un certain talent: un style qui plait, un don pour la communication, des capacités de narration, une alternance image-écrit bien balancée -le succès des blogs de dessinateurs, c’est exactement cela !… Comme les blogosphères « élitaires » (pour les distinguer des skyblogs « populaires ») sont petites, chacun essaie de s’y insérer et d’y prendre place, on joue des coudes et ça fait plusieurs dizaines de commentaires par note dans les blogs « à succès ». On y croit, on pense qu’on va faire son trou, mené par le bonheur illusoire des stats qui grimpent et la présence de son URL dans un nombre croissant de blogrolls. C’est tout naturel. Mais ça ne prend pas, ou pas toujours, ou pas souvent, et surtout pas comme on le pensait. D’abord, les chiens ne vont pas avec les chats. Malgré mon admiration pour les blogs de dessinateurs, je n’ai pas réussi à les intéresser à ce que je fais. Malgré mes positions très fermes sur les documents, je n’ai que peu d’écho au sein de la communauté qui réfléchit sur la transmission de l’information. C’est comme ça. Au début, j’en étais bien marri et déçu. Mais il faut se rendre à l’évidence, c’est normal. Comme je l’ai déjà dit, il n’y a pas une blogosphère, mais de multiples. Et si des contacts existent entre ces blogosphères, ils sont cependant assez superficiels. Chacune de ces blogosphères a sa vie propre, avec dix, vingt ou trente « membres ». Pas davantage: au-delà, elle implose au moindre choc et rejette les « surnuméraires ». Une fois qu’on a accepté « sa » blogosphère, le petit univers dans lequel on gravite, par la force des choses, on se porte beaucoup mieux et on supporte beaucoup plus.

Il y a donc, malgré ça, une communauté pour ce blog. La nôtre. Pas très nombreuse, un peu plus de cent visites différentes par jour, en janvier. Mais une communauté assez fidèle: 1100 visiteurs différents ce même mois. C’est un grand plaisir que d’être lu de la sorte, même si, faut-il que je le précise, je ne cours pas après le chiffre. Ce qui me préoccupe, la grande question qui me taraude, c’est: qui sont-ils ? Qui êtes-vous ? Je connais certains d’entre vous. Mais les autres ? Combien de collègues historiens qui passent en ne disant pas leur nom ? Il y en a, je le sais. Et leur passage ici m’est cher -même si j’aimerais qu’il fût moins discret. C’est bien cela: qu’il soit moins discret…

Huit mois après les premières lignes, j’ai douté. Car, mis à part ces petits exercices de style ici-même, j’ai comme qui dirait un peu de travail en dehors du blog. Et rédiger une note prend du temps. Si vous ajoutez à cela les déceptions rencontrées et les derniers trollages épuisants, vous comprendrez pourquoi je suis entré dans une phase de réflexion. Je pense avoir dépassé l’idée d’arrêter. Mais les jours qui viennent seront calmes. Je continuerai à publier une petite note ici ou là: c’est difficile de s’empêcher de réagir, parfois, si on sait qu’on en a les moyens techniques. Puis cet espace sera remanié, plus que probablement hors de 20six. L’avenir est à construire. Comment ? Je vous écoute: votre avis m’importe plus que jamais.

sapientia – à la croisée des chemins

Quelques phrases viennent de sortir de mon passé, dix-neuf ans après les avoir entendues pour la première fois de la bouche même d’un de mes maîtres. Avec elles, un cycle se termine. Me voilà arrivé sur un palier, au-dessus d’une volée de marches. Rien n’est fini, tout commence.
« Il est un âge où l’on enseigne ce que l’on sait ; mais il en vient ensuite un autre où l’on enseigne ce que l’on ne sait pas : cela s’appelle chercher. Vient peut-être maintenant l’âge d’une autre expérience: celle de désapprendre, de laisser travailler le remaniement imprévisible que l’oubli impose à la sédimentation des savoirs, des cultures, des croyances que l’on a traversés. Cette expérience a, je crois, un nom illustre et démodé, que j’oserai prendre ici sans complexe, au carrefour même de son étymologie : Sapientia : nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse, et le plus de saveur possible ».

Roland Barthes, Leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France prononcée le 7 janvier 1977, Paris, 1978 (ici, collection « Points », Paris, 1989, p. 45-46)

« si quis habet aures audiendi audiat » (Marc, 7, 16).

Timeo indexatores, et dona ferentes

Parfois le vent nous amène des pelletées de grain à moudre. Ainsi, sur Internet actu, en commentaire à une note d’Hubert Guillaud sur la « menace Google » je mettais en garde contre l’obsession de la technique au détriment de l’information: je préfère cent fois une numérisation PDF sans grand atour de documents introuvables par ailleurs et essentiels aux études scientifiques et à l’enrichissement des savoirs, plutôt qu’une machine de guerre interopérable, rutilante, multi-indexée mais au contenu plat voire vide. Google peut indexer les fonds dits « anciens » des bibliothèques américaines, je ne pense pas que ça changera radicalement la vie de la plupart des historiens européens. Mais la numérisation brute de Gallica a déjà changé, elle, nos façons de travailler.
Ce n’est pas tout: tout comme les spécialistes de NetbibWeblog, je préfère cent fois une méchante numérisation au format DjVu, presque sans métadonnées -mais accessible gratuitement !- d’un corpus de données inestimable pour les historiens des rites et de la liturgie ancienne (la cinquantaine de volumes imprimés des Analecta Hymnica Medii Aevi pour ceux qui connaissent) plutôt que… le même corpus accessible depuis des CDRom publiés chez Erwin Rauner pour la modique somme de 11.000 (onze mille) euros (en CD/DVD licence individuelle… mais j’avoue, c’est beaucouuuuuup moins cher pour des licences annuelles pour bibliothèques, seulement 1000 euros par an. Une paille…).
Avant de penser à tout hypra-indexer -ce qui est nécessaire, je n’en disconviens point-, il faudrait d’abord se demander ce qu’il serait bon de passer à la moulinette numérique! Puis se poser la question de l’accessibilité au plus grand nombre: c’est bien beau d’avoir de belles indexations, mais si les liens renvoient à des sites payants impayables… 

L’union et la forme – XML et diplomatique

Si je puis paraître perplexe devant des entreprises éperdues comme Wikipedia ou des projets de numérisation-vitrines avec de belles devantures et rien dans la boutique, si je reste dubitatif vis-à-vis des grandes déclarations sur la numérisation de masse et de leur rentabilité scientifique et technologique… je suis par contre convaincu des avantages des techniques de traitement de données (les mal nommées « Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication ») et notamment par l’extraordinaire instrument (remarquez, je ne dis pas « support ») que constitue l’internet.

La diplomatique médiévale, cette science des chartes anciennes (documents normatifs et/ou de la pratique particulièrement valables juridiquement) est, elle aussi, dans l’oeil du cyclone numérique. C’est une science qui, de longue date, étudie par le menu des documents souvent très formalisés. Donc particulièrement aptes à être édités, reproduits électroniquement. Depuis quelques temps déjà, nombre de diplomatistes pensent à éditer, reproduire des chartes anciennes sous forme électronique. Reste à décider comment et à proposer certaines normes. Soit on reproduit les normes traditionnelles en usage pour l’imprimé (par ex.: ici ) et on les transpose à des fichiers numériques… soit on va beaucoup plus loin et, tout en respectant les règles élémentaires de critique et d’édition, on met en place une structure d’édition des textes diplomatiques adaptée aux nouvelles technologies, en en usant sans réserve, ce qui démultiplie son efficacité d’usage et d’interrogation. De nouvelles normes d’ « encodage » des documents anciens donc.

Et là, une certaine Europe de la recherche existe. Pour le prouver, je renverrai mes frères spécialistes à une austère revue, l’Archiv für Diplomatik, dont la dernière livraison, le tome 50 de 2004, vient de sortir: au sein de ce vénérable ouvrage, un article inattendu, par Georg Vogeler: Ein Standard für die Digitalisierung mittelalterlicher Urkunden mit XML. Bericht von einem internationalen Workshop in München, 5./6. April 2004, p. 23-33. Au cours de cette table ronde, allemands, autrichiens, français, italiens, américains, anglais… ont présenté leurs projets de « mise en numérique » d’ensemble de chartes. Chacun, ou presque, ayant élaboré sa propre méthode. Etonnamment, tous se sont retrouvés autour de l’XML comme langage universel à adopter pour les futures éditions électroniques. Ce qui n’est déjà pas si mal… Mais, mieux encore, une sorte de consensus général autour d’une DTD (document type definition) -une structure d' »encodage » commune autour d’XML- à mettre en oeuvre ensemble, nécessairement. Or, une DTD existe déjà, qui fait plus ou moins l’unanimité: la TEI ou Text Encoding Initiative, conçue par et pour des spécialistes de l’étude de l’objet textuel.

Je ne sais si l’Europe diplomatique se fera sur le Net autour de la TEI, mais ce qui ressort de cette présentation de Vogeler -que je recommande pour sa clarté et son avalanche de notes de bas de page pleines de références bibliographiques et de links intéressants – c’est qu’on ne se contente pas de parler. On avance. Et, par chance, par intelligence ou en communion d’esprit assumée et décidée, on suit les mêmes sentiers.

mémoire – memoria

Personne ne peut mettre en doute la nécessité de se souvenir. C’est ce qu’on appelle pompeusement le « devoir de mémoire », un de ces poncifs de littérature de gare qui ternissent l’action du souvenir en la cachant derrière du prêt-à-parler. Notre société qui se paie de mots n’a rien inventé. Parmi bien d’autres, vers 1153 déjà, Hugues de Fouilloy, dans la préface au cartulaire de Saint-Laurent d’Ailly, écrivait:
« More enim fluentis aque cuncta transeunt et velud aura pertransiens facta mortalium a memoria mentis sepius evanescunt. Et ideo forsitan non erit inutile res gestas scripto nuntiare ».
« A la façon d’une eau qui court tout passe, et comme une brise passagère les faits des mortels trop souvent s’évanouissent hors de la mémoire. C’est pourquoi il pourra ne pas être inutile d’écrire ce qui s’est passé » .

(éd. et trad. de Bourgain P. et Hubert M.-C., Latin et rhétorique dans les préfaces de cartulaire, dans Les cartulaires…, Paris, 1993, p. 121).

devoir de regard

Le « devoir de mémoire » -par exemple, la commémoration de la fermeture des camps nazis- va de pair avec le « devoir de regard ». Il faut regarder cette édifiante et éprouvante suite de photographies d’enfants irakiens avec les mêmes yeux que pour Shoah. Il faut regarder. Ces images-là, les autres aussi, lers images de mort ou de détresse, d’Auschwitz à Fallujah, en passant par Guantanamo et le cimetière de Thiais. Toutes ces images qu’on n’a pas envie de voir. Il faut les regarder non par morbidité ou par voyeurisme, mais parce qu’elles sont le reflet de l’autre face du monde. « Qu’y faire ? » me dira-t-on. Vous voulez rire. S’il y a bien quelques personnes qui peuvent faire avancer les choses, c’est bien nous, la première face du monde, celle qui est tombée du bon côté.